ZERO WATT - OvO
Lille, La Malterie, le 21 septembre Le mercredi, c'est logiquement
la sortie ciné. Et bien pour ne pas faillir à
ce rendez vous hebdomadaire, les promeneurs attardés
qui sont entrés à la Malterie ont eu droit à
leur séquence ciné avec ......... Mais les images
soniquement animées défilant sur l'écran
n'étaient qu'un appel destiné à faire
sortir de leur tanière les dangereux ZERO WATT pour
les attirer sur le tapis de la scène. Ce subterfuge
dépassa toutes les espérances car comme le dit
le vieil adage, un ZERO WATT peut en cacher un autre, ils
laissèrent place non pas à un uovo, mais à
un OvO tout court et tout aussi aventureux qu'eux. L'oeuf
rapidement réduit à l'état de bris laissa
place à OvO, double créature flirtant avec des
mondes bruitistes qui font dire à certains que ce n'est
pas de la musique. On les présente comme une entreprise
libre, bruitiste et théâtrale, bref comme un
truc hors norme qui n'accédera à la FM que lorsque
que ZERO WATT sera N°1 au top 50 avec son steak haché.
Sur le tapis de la Malterie, OvO se matérialise en
une sorte de moine masqué frappant dans un premier
temps une batterie et une guitariste-chanteuse, masquée
elle aussi, un tantinet vamp avec sa robe fendue et ses dessous
rouges et noirs. Musicalement, je m'attendais à un
truc équivalent à un Katrina ou un Rita force
5+, j'avais sans doute raison mais les expériences
cinématosoniques et ZERO WATT avait bien aplani et
défriché le terrain facilitant l'absorption
à doses massives de sons venus d'ailleurs, de Milan
en l'occurrence. Le concert se déroula en deux phases
et ce choix s'est avéré excellent. La première
fut la plus rock, la plus accessible et continuait la préparation
des oreilles et des neurones aux expériences sonores
entreprises dans la seconde. Leur "rock", j'ose
employer ce terme faute de mieux, à deux instruments,
batterie et guitare, a un côté hypnotique, déstructuré,
empreint des expériences passées ou actuelles
; ça va des débordements hallucinés d'unPINK
FLOYD* hardcore industriel période pré-Meddle,
des chemins parallèles à ceux empruntés
par un KAS PRODUCT à des compos où la voix devient
tribale sur des rythmes fous en passant par des phases bruitistes
stridentes sous la forme d'un concerto pour violon et pédales
torturés de phiphenomena. Bien qu'hypnotique, répétitif,
le duo en devient baroque et acceptable plus facilement par
des oreilles non vraiment formées. C'est alors que
la chanteuse-guitariste s'empara d'un archet et se servit
de sa longue chevelure pour sortir des sons carrément
venus d'ailleurs, peut-être une matérialisation
audible des sensations ressenties par les neurones de cette
femme-violon ou un voyage dans le monde industriel. Et la
suite oscilla comme un métronome sous acide entre musique
et bruitisme mêlant violon, voix et basse non pas jouée
avec les doigts mais avec des baguettes, sans oublier des
percussions diverses trouvées dans l'ossature même
de la salle. Pour autant personne n'a fuit, le silence se
faisait même à certains moments délicats.
Au contraire, leurs expérimentations savantes, l'éclosion
d'une musique inhabituelle dont la voix parfois donne le rythme,
s'avale, se gobe sans problème pour peu que l'on ait
envie de sortir des sentiers battus. N'en croyant d'ailleurs
pas mes oreilles, l'écoute de leur CD le lendemain
matin au petit déjeuné m'a conforté dans
mon jugement. Seul mon dernier, Ulysse, six ans, n'avait pas
l'air trop d'accord : "Papa, ta musique, elle est nulle".
Déjà l'esprit de contradiction... Mais il est
vrai qu'au petit déjeuner les BETES de SCENES sont
plus faciles d'approche, mais c'est une autre chasse.
Juste un nom connu pour se raccrocher à quelque chose
; phénomène sonique sensible dans Ombra nel
Ombra. Et en se laissant aller, on ressent aussi des ambiances
à la KING CRIMSON (La Peste)... Mais pour rassurer
les connaisseurs puriste qui doivent sans doute hurler avec
ces rapprochements - suffit d'écouter -, rien du OVO
de Peter GABRIEL en dehors du nom

Les extraterrestres ne sont peut-être pas encore parmi
nous mais s'ils sont en stand-by quelque part, ils pourraient
bien être pris de l'envie de débarquer en captant
cette musique là.
Enfin, Monsieur Kirm interagit avec son public: il raconte
des petites choses sur le morceau qu'il va jouer, il demande
si ça va et si des gens au fond de la salle, c'est
à dire au bar, l'interpellent bruyamment pour une raison
ou pour une autre, il répond sur le même ton:
Antioche Kirm joue une musique qu'il est aller pêcher
très loin de ce bas monde mais il ne faudrait pas croire
pour autant qu'il vit sur une autre planète, coincé
dans son trip. Non, non: il répond quand on lui parle!Les
deux musiciens d'OVO <http://www.barlamuerte.com/bands/ovo/index.htm>
, par contre, viennent vraiment d'ailleurs, plus précisément
de Milan, comme le dit l'affiche, alors on comprend qu'ils
ne parlent à personne. Après toutİ Chi parla
italiano a Lescheraines? Si des locaux ont appris un peu d'italien
à l'école, comme ils ne le pratiquent jamais,
ils ont presque tout oublié.
Donc, non seulement OVO ne parle pas au public mais ce batteur
et cette guitariste/violoniste/chanteuse/etc. portent aussi
des masques, ce qui rend leur apparence un rien mystérieuse,
limite inquiétante, et lorsqu'ils commencent leur numéro
et font signe aux spectateurs d'approcher plus près,
certains pourraient être pris de l'envie de se montrer
un peu prudents, limite méfiants.Mais non! Il ne faut
pas avoir peur! Ca ne mord pas! Et quand le batteur quitte
la scène, c'est pour aller taper sur tout ce qu'il
trouve, ou jette par terre, mais pas du tout sur le public!
Ce samedi soir là, OVO a montré aux Baujus (habitants
des Bauges) qu'il est possible de faire des choses vraiment
pas croyables avec ses instruments, ou sans instruments: un
archet sur une dread, ça marche aussi très bien!
Ou vous avez une vieille guitare électrique pourrie
dont vous ne savez plus quoi faire? Posez-là par terre
et tapez dessus! OVO, c'est sauvage! "Wild", en
anglais. En duo avec un groupe de métal genre Slip
Knot, ils ne dépareilleraient probablement pas, sûrement
à cause de leurs masques et de leur gros bruit (plus
exactement, nous dit l'affiche, ils font du "noise bruitiste
expérimental") mais la "sauvagerie"
d'OVO n'évoque pas seulement la brutalité froide
de l'ère des machines: elle semble venir de plus loin
et jaillir de ces racines primitives et ancestrales que nous
avons tous en commun.
Ainsi, la chanteuse, qui ne doit pas faire plus d'1m60 et
50 kilos toute mouillée (des dreads vraiment très
longues, mouillées, ça doit peser un sacré
poids) peut évoquer, selon les sensibilités,
Nina Hagen ou une sorcière/guérisseuse/medecine
woman de l'ère pré-chrétienne.
Bref, à la prochaine occasion, allez vous les geler
dans les Bauges! Vous verrez du pays!
Et puis si vous traînez dans les parages après
ce genre de spectacle, vous aurez peut-être droit à
des petits bonus inattendus, comme ce samedi soir, à
côté du mini bus d'OVO, juste avant leur départ:
un très soft "I wanna be loved by youİ" et
une histoire de petite pieuvre, offerts parİ une voix de rêve
accompagnée d'une minuscule guitare rouge.
Soirée joyeusement hallucinante jusqu'au bout.
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